14 avril 2007
Urbanoïde (Ya pas d'place pour les rêves ici)
Arrête de gaspiller tes mots
Arrête, t'abîme tes mots,
Ya pas d'place pour les rêves d'enfants dans un monde comme le notre.
***
Ya rien d'autre que du noir.
Et de la pluie.
De la pluie qui fracasse les pavés glissants
Où on tombe en pleine face,
Sans se relever.
Je vois des villes sales et grises
Avec des voitures qui crashent la fumée,
Des voitures qui crash,
Sans airbags ni ceintures de sécurité
Et nous nos rêves on les étouffe
On les noit dans le pétrole,
Parce qu'en fait les rêves, ça vaut pas grand chose.
Ya plus d'place pour les illusions ici.
On nous enlève les rêves, on nous les vole
Pour nous bourrer le crâne de conneries artificielles,
Parce qu'en fait les rêves on s'en fou,
Ça rapporte rien, les rêves...
Et les arbres de nos forêts-magiques sont pilé, remplacés
Par des sidewalks interminables où des gosses aux yeux décolorés courent
Perdus dans les autos tamponneuses téléscopées,
Et nous on nous empêche de porter une ceinture...
Et les rêves des gosses, des fillettes, on en fait quoi?
Moi je vois des morceaux éparpillés qui s'envolent dans tous les sens,
Et je vois leurs yeux éteints d'espoir et délavés,
Remplis de la fumée des bagnoles et des cigarettes qui leur polluent l'espace.
Moi je vois des ados aux lèvres gercées, percées
Et l'alcool leur roule dans la main,
Et la fumée des cigares sous la langue...
Les rêves, on en fait quoi, dites-moi?
On en fait quoi des châteaux de princesses, des bateaux de pirates?
On en fait quoi des rêves de gosses déglingués, où le temps n'est que patience, et la vie terrain de jeu?
Ces balançoires où les mômes s'appuient fermement, ne serait-elles pas qu'euphémiques?
Et ces marches d'escalier où les paumés trainent leurs fesses, sont-elles en fait des carrés de sable?
les rêves, on en fait quoi?
Ya pas d'place pour les illusions d'enfants-naïfs comme moi ici.
Les rêves, ça coûte trop cher.
Ya pas d'place pour les rêves de gosses dans un monde comme le notre.
Parce que l'argent ne pousse pas aux branches des rêves,
Et parce que les rêves se tiennent loin des bombes.
***
(Mais moi mes rêves savent nager, même dans le pétrole)
09 avril 2007
Road Trippin'
Ailleurs,
Dans un dépotoire du Texas,
Les rêves, les rêves
Sous leurs yeux perlés.
Fermer la portière sur nos trésors,
Une vague d'égoïsme dans le coeur
Éteindre les yeux du soleil,
Pour ne jamais s'écraser.
Faire miroiter l'astre-lumière en guise de bonjour
Avec la peinture lustrée de ma Cadillac.
Perdus où nous sommes,
L'echo du moteur ne nous suffirait plus.
Faire confiance à la route.
Les cactus répandant leur odeur,
Le reflet des canicules nous parviendraient en images floues
Comme la vitre de côté, basannée par les flammes.
Faire de cette vie un diorama
Aux paysages désertiques et broussailleux
Bricolés exprès pour nos roues.
Faire de cette vie un photomontage
Où le temps s'écoulerait en grains de sable,
Au rythme des road trips enivrants signés de mon nom.
Faire de cette vie une vie,
N'importe où, au Dakota, au Colorado
Attraper la piqûre de l'accéléré et sucer son poison,
Ne plus jamais respirer le frein.
Faire refleter les milles étoiles
Dans le pare-brise avant du véhicule.
Assoiffés comme nous sommes,
Nos bouteilles vides et mortes n'étancheraient rien du tout.
Faire de cette vie une médiathèque
N'importe où mais loin d'ici,
Rendre hommage à nos rêves de mioches,
Disparates, mais qu'à moitié bousillés.
Faire de cette vie une vie,
N'importe où, en Arizona, à l'eldorado,
Enlacer ces rêves que l'on croyait perdus
Pour les recycler en magots débridés.
Juste faire confiance à la route.
Les road trips qui nous tendent les bras
N'ont pas fini de crier leurs caprices.
(Fermer la portière au nez du Texas,
Et tendre la main à la route.
Faire coucou au soleil, échapper un rire sarcastique,
Des trésors plein les poches.)
Les fourmis n'oublient jamais (pas du tout travaillé)
Pendue à ta gorge
Je m'accroche à nos sourires
Ou plutôt à ce qu'il en reste.
Pour un oui, pour un non
T'en a fait couler dans larmes
Même que mon coeur tu l'as totalement bouffé,
Cavité par cavité,
Tu l'as complètement bouffé.
T'en as fait couler des larmes,
Et pas seulement les miennes.
Un jour tu récolteras tes semences,
Enfoiré.
Monsieur Parfait.
Et moi je suis qu'une crotte
Une mauvaise herbe qu'on élimine
Par peur qu'elle nuise aux bonnes herbes.
Je suis qu'une fourmi qu'on écrase.
Mais tu sais, les fourmis n'oublient jamais.
Je t'oublie pas, c'est certain.
Je m'en souviendrai
À quel point tu fais chier.
Tu fais chier plus qu'une tisane laxative.
Tu peux pas savoir à quel point tu fais chier.
J'ai tellement pleuré qu'on s'aimait,
Que t'as fini par le croire
Sale con.
Mais les fourmis n'oublient jamais.
Et dans 20 ans sois sur que je me vengerai.
J'irais t'arracher le coeur que tu m'as volé
Et je répandrai le sang un peu partout
Juste parce que du sang c'est rouge,
Et parce que c'est beau,
Le rouge.
Tu fais chier.
J'ai cru que de te respirer
Comblerais mon manque d'air
Mais les derniers souffles, tu nous les as volés.
Tu nous les as volés.
Je te déteste.
Je te déteste plus profond que la fosse des mariannes.
Je te déteste,
Je te déteste tellement.
La maison-carton
Une maison en carton
Dans un village tout plastique
Viens avec moi, tu verras, ce sera bien
Nos rêves se dissoudront...
Viens, on n'a pas besoin d'une vie,
Seulement d'un peu d'amour-béton...
Si le méchant loup souffle, le vent ne nous abîmera pas
Notre maison de brique résiste aux coups, promis
Et si la tempête perstiste on aura toujours la foi
Nos murs ne s'effondrent qu'en cas d'incendie
On n'a pas besoin d'une vie tu sais, je le jure
L'amour tout carton nous suffit
Et on inventera notre propre procédure
Pour combler nos manques et nos oublis
Viens avec moi, tu verras, ce sera bien
Qui n'a jamais rêvé d'un village bricolé
Aux murs-cartons gribouillés de dessins
Et aux toits indestructibles d'acier...
Et le crocodile qui rampe devant
Ne passera pas la porte, juré
On en avait vu auparavant,
Mais jamais si bien sucré
Et les rêves accrochés au rayons
Ne vont pas mourir une seconde fois
Et s'ils échouent c'est ici qu'ils tomberont,
C'est sur la pelouse qu'on les rafistolera
On a pas fait tout cette route
Pour se retrouver enfermés dans un voilier
Qui n'a même pas de voiles
Et qui fonctionne aux fragments rapiécés,
Et c'est pas vrai que je vais m'enfuir
Encore une fois loin de l'été
Juste pour me trouver une vie
Qui s'effrite aux griffes du passé...
C'est pas vrai que je vais me mourir ici
À t'attendre en me rouillant de tous les côtés,
C'est pas vrai.
Une maison en carton
Dans un village tout plastique
Viens avec moi, tu verras, ce sera bien
Nos rêves ne se dilueront pas trop,
Juste assez pour nettoyer nos verres...
Tu vas voir, on n'a pas besoin d'une vie
Seulement d'un peu d'amour-béton...
Juré que les toits nous protégerons
À la vie à la mort, ce village
Restera le nôtre, et notre maison-carton
Ne nous abandonnera pas
Comme l'espoir l'a déjà fait...
Promis...